Les Graveurs de la Tadrart

Il faut aimer le désert, mais ne jamais s'y fier entièrement. Car le désert est une pierre de touche pour tous les hommes: il éprouve chacun de leurs pas, et tue qui se laisse distraire. Le désert est un plus grand maître que tous les maîtres. (Paulo Coelho).

 

3 girafes qui commencent à s' ensabler. Tin abedine.

La Tadrart, certainement la plus belle région du Tassili mais aujourd'hui la plus aride, fut particulièrement fréquentée à toutes les époques du Néolithique. Ses nombreux oueds étaient appréciés des pasteurs qui ont laissés de nombreuses traces de leur passage.

L' art rupestre se localise essentiellement au niveau de l' ouverture de l' oued In Djaren et à l' entrée de ses principaux affluents qui étaient au Néolithique les principaux axes de circulation mais aussi les principaux lieux de pâturage des troupeaux.

Si on trouve en Tadrat de nombreuses et très belles peintures, cette région est surtout célèbres pour ses gravures.

Les gravures ne sont pas uniformes et n' ont pas toutes été réalisées par le même groupe, mais on peut rattacher la plus grande partie à l' école du bubalin naturaliste.

On retrouve sur ces gravures des boeufs domestiques mais aussi toute la faune sauvage avec une prédominance pour les éléphants et les girafes dont les représentation sont nombreuses dans l' oued In Djaren.

 

On remarque néanmoins que l' éléphant semble occuper une place à part dans ces gravures. Il est aussi intéressant de constater que dans les traditions orales actuelles un géant mythique est mis en relation avec l' éléphant. Il s' agit d'Amerolqis à qui est attribué l' invention des principaux traits de la société touarègue (chants, tifinagh et langue tamahaq).

 
Fresque montrant 8 éléphants gravés . In Djaren.
Un chasseur avec un bâton de jet se fait charger par un éléphant. In Djaren.
Éléphant en train de déféquer - détail de la fresque

Dans les récits son gigantisme va de pair avec un comportement très libertin qui lui permet des performances sexuelles hors du commun mais incompatibles avec les possibilités de ses partenaires.
Pour s' assurer une progéniture il est contraint de s' accouplerà la plus grosse créature existante, une jeune femelle éléphante, seule capable de survivre à ses assauts.

Il est remarquable que la légende d'Amerolqis soit contée de jours par les Touaregs qui n' ont pas vu d' éléphants depuis des générations à part ceux des gravures. De partout en Afrique chez les populations encore en contact avec ces animaux il existe une relation d' exclusion femme-éléphant liée à la fécondité. En général les femmes doivent éviter de voir cet animal.

Les mythes des Touaregs précisent que leurs ancêtres étaient des géant, auteurs des gravures rupestres, qui vivaient "au temps où le pierre était molle" , les rochers n' ayant durci qu 'à l' époque où le héros fondateur succéda à ces géants. Amerolqis est un des noms donnés à ce héros, encore appelé selon les lieux Aniguran ou Amamellen.
Jabbaren, un des sites principaux du Tassili N'Ajjer, porte d' ailleurs le nom d' un de ces géants (ijobbaren) car on y trouve des personnages gigantesques.

L' hypothèse la plus probable est que les paléoberbères et les protoberbères, ancêtres des Touaregs actuels, ont vécu dans un milieu culturel où des mythes de ce type avaient encore cours. (source J. L. Le Quellec).

La tadrat est la seule région du Sahara avec le Messak où l' on trouve des représentations d' éléphants en train de déféquer, une gravure montre même un personnage soulevant la queue d' un pachyderme occuper à cette activité, peut être pour recueillir les bouses.

Poissons. In Djaren.

 

On trouve même des poissons sur les parois de la Tadrat. Les graveurs connaissaient parfaitement la faune aquatique, un des poissons est vu de profil, l' autre avec une vision aérienne.

L' art rupestre compte peu de représentation de la faune aquatique. Pourtant il existe une expèce de poisson,très rustique qui a su s' adapter aux environnements arides. Les Tilapiini sont capables des survivre assez longtemps hors de l' eau et de traverser d 'étroits passages rocheux en sautant par dessus de petits rochers pour se rendre d' une mare à l' autre.

On trouve encore de nos jours dans les oueds du Tassili, notamment à Iherir, des poissons qui font la joie des jeunes pécheurs.

Ainsi la rareté des figurations de poissons ne peut s' expliquer par des conditions écologiques interdisant leur existence. Il faut donc admettre que l' art rupestre ne nous livre pas un reflet réel de la nature.

Robe spiralée. Tin Abedine.
Pendreloques. Tin Ekli.

Les animaux domestiques sont très présents.

Les boeuf sont souvent représentés avec des cornes en forme de lyre. Le dessin de la robe est rendu par des lignes spiralées.

Les colliers et pendreloques caractéristiques de la domestication sont très visibles.

3 hommes aux profils europoïde avec des crânes rasés et barbus. 2 sont des ithyphalles armés dont un avec une lance touchant presque son sexe. In Djaren.
 

Ithyphalle (du grec ithus -droit et phallos -pénis), de nombreuses gravures de toutes les période représentent dont le pénis révèle une érection ostentatoire.

An Néolithique les rythmes de la nature étaient associées à la nécessaire fécondité des hommes comme des bêtes, gage de la survie. Ces images sexuelles ne sont pas autres choses que les témoignages d' une invocation aux forces occultes.

Chez de nombreuses populations africaines actuelles, des phallus artificiels sont encore portés par des hommes lors de cérémonies.